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Les Sondages
 
La remise en question de la qualité des sondages

Les instituts de sondages ont été fortement remis en cause dans leurs « prévisions » à l'occasion des deux dernières élections présidentielles.

En 1995, Nicolas Sarkozy les stigmatisera au soir du premier tour en leur reprochant de ne pas avoir su annoncer le résultat : Jospin en tête (alors que Chirac était annoncé à sa place), Chirac et Balladur au coude à coude (alors que Chirac était censé avoir fortement distancé son concurrent à droite). En 2002, la critique sera d'autant plus forte - et crédible - qu'aucun institut n'avait annoncé Jean-Marie Le Pen au second tour, devançant Lionel Jospin.

Plus largement, on critiquera également leur influence sur le monde médiatico-politique qui de 1997 à 2002 a vécu dans une « illusion » d'un Lionel Jospin extrêmement populaire et voué à devenir « naturellement » président de la République.

Plus globalement, les sondages sont également critiqués pour leur essence même. Plusieurs questions sont soulevées : l'impossibilité de juger de la qualité des échantillons sondés, souvent restreints et dont on ne connaît souvent pas les méthodes qui visent à le rendre représentatif de la population dans son ensemble ; la représentatitivité de la réponse des sondés, hors contexte électoral, en particulier de ceux qui ne suivent pas l'actualité politique en permanence. C'est par exemple le point de vue défendu par le démographe Emmanuel Todd : « Des sondages sur la politique réalisés un an avant l'élection, et donc avant que ne s'engage le débat électoral, ne sont à mon sens indicateurs de rien du tout.

Hors période électorale, les sondés répondent à un quizz, ils sont à « Questions pour un champion » et on les teste pour savoir s'ils sont au courant...» les méthodes de "redressement" des résultats bruts, censées diminuer les biais (notamment quant à l'"honnêteté" des réponses), qui diffèrent d'un institut à l'autre et l'impossibilité de pouvoir comparer les résultats bruts aux résultats "redressés", seuls ces derniers étant publiés ; le degré d'indépendance des instituts face à leurs actionnaires, mais aussi aux commanditaires des sondages qui peuvent faire pression sur eux pour favoriser l'émergence d'un résultat en particulier ; le degré de neutralité des dirigeants et des analystes de ces instituts qui s'engagent pour certains aux côtés de candidats (ex. Jean-Marc Lech, fondateur d'IPSOS qui a été le conseiller de plusieurs personnalités politiques) ou dans la vie sociale et politique pour y défendre une vision non neutre de la société (ex. Laurence Parisot, présidente du MEDEF et dirigeante de l'IFOP).
 
Les Arguments des sondeurs
 
Pour se défendre les instituts mettent principalement cinq arguments en avant : la fiabilité de leurs critères de sélection et de composition des échantillons de personnes qu'ils sondent qui seraient prouvés par les très nombreuses enquêtes réalisées en dehors du champ politique.

Par exemple, lorsqu'un sondage est effectué auprès de consommateurs, ses résultats sont rapidement mis à l'épreuve du choix de la population, avec une dimension économique qui est cruciale pour le commanditaire.

Si les sondages n'étaient pas efficaces, le secteur privé n'y ferait aussi massivement appel, car leur utilisation ne serait pas rentable ; le caractère instantané de leurs études qu'il convient d'analyser en tendances et non comme la prédiction d'un résultat (sens qu'on leur donne trop souvent) ; le fait que l'analyse des sondages est essentiellement faite par les médias, et que ce sont eux qui tirent le plus souvent des conclusions trop hâtives des enquêtes d'opinion, qui ne tiennent pas compte des marges d'erreur (2 à 3%).

L'exemple du 51% / 49% en faveur d'un candidat est souvent cité. Celui-ci se traduit dans la presse par des titres l'annonçant en tête, alors qu'avec la marge d'erreur, il est impossible de savoir s'il l'est réellement ; leurs difficultés à appréhender certains électorats, comme celui du Front national ou de la droite en général, et ce, pour des raisons structurelles tenant à la qualité des réponses des sondés.

En effet, les électeurs du Front national n'osent, par exemple, pas toujours assumer leur choix et ne disent pas toujours la vérité aux sondeurs quant à leur intention de vote. Il en va de même pour les électeurs de droite qui sont moins « revendicatifs » de leurs opinions que ceux de gauche.

Dernier exemple, celui de l'extrême gauche qui se voit parfois créditer d'intentions de vote venant d'électeurs de la gauche qui veulent ainsi marquer leur volonté d'« ancrer la gauche à gauche » sans finalement concrétiser leur intention. Toutes ces difficultés biaisent les résultats bruts des sondages.

Aussi les instituts utilisent-ils des formules mathématiques de redressement pour rectifier les résultats brut avant leur publication.

Cependant, ces formules ne sont pas toujours fiables car elles se fondent généralement sur les dernières élections qui sont la seule référence qui permet de déterminer le différentiel entre d'une part, les intentions des électeurs exprimés à travers les sondages et d'autre part, leur choix le jour du scrutin ; les taux d'indécis et de personnes ne se prononçant pas qui sont souvent forts et pourtant assez peu mis en avant par les médias.

Le vote de ces indécis est pourtant déterminant et l'on sait qu'environ un tiers des électeurs ne fait son choix définitif que le jour du scrutin.